Chronique n°2

Quand l'IMC devient une frontière


Après mon parcours de procréation médicalement assistée, je pensais avoir livré le combat le plus difficile de ma vie.
Après tout, malgré les épreuves, les traitements, les doutes et les larmes, j'avais réussi à donner naissance à un enfant en bonne santé. J'avais le sentiment d'avoir enfin franchi la montagne qui se dressait devant moi.
Je me trompais.
Car un autre combat, plus silencieux mais tout aussi éprouvant, continuait de rythmer ma vie : celui de mon poids.
C'est au cours de mon parcours de PMA que j'ai commencé à comprendre que certaines portes pouvaient se refermer avant même que mon histoire ne soit entendue. Des traitements refusés, des examens reportés, des consultations qui semblaient s'arrêter à la première ligne de mon dossier : celle où figurait mon indice de masse corporelle.
Peu à peu, j'ai eu le sentiment que je n'étais plus une patiente avec un parcours, des antécédents, des analyses ou des questions. J'étais devenue un chiffre.
À cette époque, je pensais que cette réalité appartenait uniquement au monde de la PMA. Je croyais qu'une fois ce parcours terminé, les regards changeraient.
Là encore, je me trompais.
Les années ont passé, mais les mêmes mécanismes se sont répétés. Les mêmes hésitations. Les mêmes refus. Les mêmes phrases, parfois prononcées avec bienveillance, parfois avec une froideur désarmante. Et toujours ce même point commun : mon IMC.
Pourtant, l'indice de masse corporelle n'a jamais été conçu pour raconter l'histoire d'un individu. À l'origine, il s'agit d'un outil statistique destiné à observer des populations, pas à résumer une personne dans toute sa complexité.
Au fil du temps, j'ai pourtant vu ce chiffre devenir bien plus qu'un simple indicateur. Dans certaines situations, il semble être devenu un véritable seuil d'accès aux soins. Un critère qui ne se contente plus d'orienter une décision médicale, mais qui la détermine à lui seul.
Derrière ce nombre disparaissent alors beaucoup d'autres éléments : les analyses biologiques, les antécédents médicaux, les efforts entrepris, les habitudes de vie, l'état de santé global et, tout simplement, l'histoire de la personne qui se trouve en face du soignant.
Je comprends parfaitement que l'obésité puisse représenter un facteur de risque dans certaines interventions ou certaines pathologies. Les médecins ont la responsabilité d'évaluer ces risques et de protéger leurs patients. Ce n'est pas cette réalité que je remets en question.
Ce que j'interroge, en revanche, c'est la place parfois presque absolue que prend l'IMC dans certaines décisions. À partir de quel moment un indicateur devient-il une frontière ? À partir de quel moment cesse-t-on d'évaluer un patient dans sa globalité pour ne voir qu'un seuil à ne pas dépasser ?
Je ne cherche pas à opposer les patients aux soignants évidemment, les soignants (quand ils sont empathiques) font leur boulot et suivent les règles. Je souhaite simplement raconter ce que j'ai vécu, avec mes blessures, mes doutes, mes incompréhensions et mes questions.
Parce que derrière un IMC, il y a toujours une personne avec sa propre histoire, son parcours de vie, je vous pose cette question, sans prétendre avoir la réponse : peut-on réellement résumer une personne à une statistique ?